Il n’est jamais totalement impossible d’obtenir un billet pour un match. Mais il y a quand même des fois où c’est plus compliqué que d’autres.

Les choses étaient claires dans mon esprit : aussitôt la montée du Chemie Leipzig en Regionalliga validée, je m’étais juré d’assister au moins à l’un des deux derbys de la saison face au Lokomotive. Mais pourquoi ce match en particulier me direz-vous ? Les raisons sont multiples : le retour d’un derby ô combien bouillant entre deux ennemis intimes, la visite d’un stade old school comme je les aime, la visite de la belle ville de Leipzig, l’Allemagne de l’Est et le « foot vrai », celui des campagnes, bien éloigné de l’horrible RB Leipzig qui domine la ville depuis quelques années. Vous l’aurez compris, j’attendais ce match avec une impatience certaine. Rappel : on parle là d’un match de … 4e division allemande !

Programmé en tout début de saison, et heureusement pas en même temps que le premier match du Dynamo à domicile de la saison auquel j’avais également prévu d’assister, le temps pour l’organisation ne fut pas bien long, mais à force, je n’ai pas besoin de 3 semaines pour m’organiser. En revanche, j’ai vite compris que trouver un billet pour ce match allait être plus que compliqué.

Il faut savoir que la capacité d’accueil de l’Alfred-Künze-Sportpark n’est que de 5’000 personnes. Moins les abonnés, le secteur visiteurs, les VIP et autres, ça ne laisse déjà pas beaucoup de marge pour la vente de places sèches. Marge qui sera encore un peu plus réduite au moment ou le Chemie annonce que seuls les membres du club auront accès à la billetterie. Aïe.

Il en faudra quand même nettement plus pour me décourager. J’active mes différents contacts sur les réseaux sociaux, sans vraiment de succès. Je tente d’écrire au club, sans succès non plus, malgré un argumentaire digne des plus grandes leçons de flagornerie, rien n’y fait. Je tente même de contacter un joueur francophone de l’une des deux équipes, rien ne fonctionne. Le temps passe, ça commence à sentir le très improbable marché noir devant le stade. Puis soudain.

Le club annonce qu’un petit solde de billets sera mis en vente UNIQUEMENT SUR PLACE et un jour bien défini, de telle heure à telle heure. L’idée de faire un aller-retour juste pour aller me procurer mes billets m’a effleuré, mais j’ai vite renoncé. Je ne connais personne à Leipzig, donc ça semble compromis. Quoique… personne ? Même pas la réception de l’hôtel ? Allez, on essaie !

C’est donc avec un mail de désespoir comme j’en ai rarement écrit que je contacte mon hôtel sur place. Je leur explique que je vais faire 15h de train juste pour ce match (ce qui est vrai), que c’est l’un des rêves de ma vie (ce qui est partiellement vrai) et que c’est le cadeau d’anniversaire que je souhaite m’offrir, celui-ci ayant lieu une semaine plus tard. Je leur ai expliqué toute la marche à suivre pour obtenir 2 billets. Je n’ai pas gardé ce mail mais j’aurais dû ; je crois que j’étais à 2 doigts de la prostitution par mail pour obtenir les précieux sésames. Et autant dire que je n’espérais pas grand chose.

Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque je reçus une réponse, commençant par « We made the impossible for you », me confirmant que 2 billets m’attendraient à mon arrivée à l’hôtel. Le respect que j’ai pour la personne s’en étant chargée est au moins aussi énorme que la joie de lire ces lignes. Il en faudra donc bien plus que ça pour que je reste dehors d’un stade (pour l’anecdote, ça ne m’est arrivé qu’une fois, j’y reviendrai probablement).

Le jour du match, la tension autour du stade est bien palpable. L’animosité entre les deux clubs est énorme, notamment à cause du fait que les deux tribunes affichent des penchants politiques diamétralement opposés : le Chemie penche très à gauche, le Lok très à droite même si le club fait tout pour combattre cette image. Quoiqu’il en soit, ce match s’annonce chaud et la Police veille au grain.

Le stade est fidèle à ce que j’en attendais : vieux et délabré mais avec un charme qu’aucune enceinte moderne n’aura jamais. Il est éloigné du centre-ville et situé dans le quartier de Leutzsch ; pas le quartier le plus sexy de la ville, ça respire encore bon l’ex-RDA dans le coin.

La tribune des ultras locaux, dans laquelle je prends exceptionnellement place, se remplit très rapidement alors que plus les minutes avancent, plus la vision du parcage vide me fait craindre l’absence de supporters adverses.

Ces derniers ne seront pas là avant la mi-temps, leur cortège jusqu’au stade ayant apparemment été assez animé. Ce qui n’empêchera pas le public local de s’échauffer la voix dès l’échauffement. Et putain, voir une telle tribune et une telle ambiance dans un stade de 4e division, c’est juste énorme. Toute la tribune participe et la latérale n’est pas en reste. Un chant sur deux est dédié à la haine de l’adversaire et il s’agit probablement d’une des plus grosses rivalités que j’aie pu observer en live.

Un joli tifo est déployé à l’entrée des joueurs (voir photos ci-dessous) et l’ambiance ne faiblira jamais vraiment. Les chants ne sont pas forcément très variés, mais c’est efficace. Et au-delà de l’ambiance, y’a le ressenti qui est plus dur à décrire, mais ce type d’ambiance dans un stade à l’ancienne comme celui-ci, ça vaut vraiment la peine d’être vécu. Loin du strass et des paillettes des divisions professionnelles, c’est assez fou de voir ce que peut déclencher comme émotions un match d’un niveau si bas.

Car il faut bien le dire, footballistiquement c’est le néant ou presque. Mais qui vient voir ce match pour son niveau footballistique hein ? L’ouverture du score des visiteurs aura bien raison de l’ambiance quelques instants, mais ça repartira vite de plus belle.

Parlons-en des visiteurs : à l’entrée des joueurs, seule la partie droite gauche du parcage, celle des fans « calmes » est partiellement remplie. Les ultras et autres composantes de la scène du Lok n’arriveront qu’à la mi-temps, ce qui aura le don de faire monter l’ambiance de 2 crans pour les 45 dernières minutes. Enfin, pas tout à fait 45 car suite à « l’envahissement » de terrain de 2 mecs du Lok et l’intervention de la police, ces mêmes visiteurs quitteront le parcage à quelques minutes de la fin. Dommage, car durant leur présence, ils auront été bien actifs, même si je m’attendais à un peu de pyrotechnie qui n’est jamais arrivée.

Finalement, ce match aura été largement à la hauteur de mes attentes. De la tension (mais pas de « danger », comme certains pourraient croire), une belle ambiance, un stade qui respire le football et une rivalité ancestrale entre deux clubs historiques de la ville. Si vous avez l’occasion de vous y rendre une fois, n’hésitez pas. En revanche, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus pour l’achat des billets…

PS : sans ce « %*( de COVID-19, j’aurais pu vous raconter le derby du 4 avril dernier, dans le stade du Lok cette fois-ci. Ce n’est que partie remise.

Fiche technique

29 juillet 2017

BSG Chemie Leipzig-1. FC Lokomotive Leipzig 0-1

Regionalliga Nordost, Deutschland

Alfred-Kunze-Sportpark, 4’999 spectateurs

Prix du billet : 11€

Matchs durant le même séjour : SG Dynamo Dresden-MSV Duisburg, FC Rot-Weiss Erfurt-FC Hansa Rostock

3 commentaires sur « 2017-07-29 BSG Chemie Leipzig-1. FC Lokomotive Leipzig »

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