Si j’en crois mon application « Futbology », j’ai à ce jour vu 650 matchs de foot dans ma vie. Ce chiffre est à mon avis un peu inférieur à la réalité, puisque je ne pense pas avoir saisi tous les matchs du Servette FC et de Sainté, donc disons que j’en ai vu environ 700.

Et hormis le fameux Lausanne-Sports-Servette FC du 2 juin 1999 (mais qui me semble faire partie d’une autre vie, à commencer par le fait que je n’avais que 15 ans), s’il ne devait rester qu’un match dans ma mémoire, ce serait celui qui va faire l’objet de ce résumé. Est-ce que j’en revivrai un autre comme ça un jour ? J’espère ! Mais j’avoue en douter un peu.

Je ne sais pas dans quelle mesure je vais être capable de vous retranscrire par écrit ce que j’ai vécu ce jour-là, mais je vais tenter de le faire au mieux. Allez, je vous embarque !

Tout commence par l’échange de WhatsApp ci-dessous. Il est 18h21 en ce 18 août 2019 quand je reçois un message d’un ami tout autant fan de foot allemand que moi. Je savais évidemment que le tirage au sort du 2e tour de Pokal avait lieu en ce moment et vous constaterez en voyant l’heure de ma réponse qu’il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre

Mais comprendre quoi en fait ?

Il faut savoir qu’à ce moment-là, j’avais visité 53 des 54 stades où évoluent les clubs des 3 premières divisons allemandes. Il ne m’en restait donc qu’un : l’Olympiastadion de Berlin. Aussi fou que ça puisse paraître, je n’avais pas encore fait le stade « national » (que 95% des groundhoppers ayant fait une halte en Allemagne ont visité) et le pote auteur du message ci-dessus savait que je ne rêvais que d’une chose : que mon club du Dynamo Dresden tire le Hertha Berlin en Coupe d’Allemagne. Histoire de boucler la boucle de la plus belle des manières. Donc pour répondre à sa question, OUI, le 18 août 2019 à 18h22. j’étais un homme heureux.

Dès le tirage au sort connu, les rumeurs ont commencé à enfler sur les réseaux sociaux. On parlait de 10’000 Dresdner à Berlin, peut-être même 15’000, voire plus. Je n’étais manifestement pas le seul à rêver de ce tirage. Et autant dire que j’aurais fait à peu près n’importe quoi pour y aller, car je savais qu’on se dirigeait vers un match historique.

Je ne me rappelle plus du jour de l’ouverture de la billetterie, mais j’étais connecté pile à l’heure pour avoir mon billet dans le « premier » parcage. Car il était évident que les 5’000 billets mis en vente ne suffiraient pas. Une fois mon billet en poche, j’ai pu assister tranquillement à l’ouverture des 2, puis 3e mises en vente réservées aux fans du Dynamo. Avant que le club ne finisse pas dire, en gros, « y’a plus de places dans la zone qui nous est réservée, prenez vos billets partout dans le stade ». Une véritable folie qui portera le nombre de supporters jaunes et noirs à environ 35’000 selon les différentes estimations !

Oui, vous avez bien lu : pour un match de 2e tour de Coupe nationale (pas de finale de Ligue des Champions donc, un « simple » match de Coupe ») 35’000 personnes allaient se déplacer un mardi soir pour supporter un club de 2e division à environ 2h de route (ou 10h de train dans mon cas) de chez elles. C’est plus de monde que l’on ne peut mettre dans le stade du Dynamo ! C’est un chiffre absolument monstrueux qui peut se résumer dans la magnifique image ci-dessous (sur laquelle on voit le gros des troupes, mais pas l’intégralité tant nous étions disséminés partout dans le stade)

Vous voyez le « O » de « Yellow » ? J’étais juste en dessous

C’est peu dire que j’étais excité comme une puce le jour du match, et après un apéro bien consistant, il était enfin temps de se rendre au stade. Le club avait édité un t-shirt spécial pour l’occasion et comme un bon Allemand que je ne suis pas, je l’avais acheté, comme à peu près toutes les autres personnes présentes.

A l’approche de l’Olympiastadion, je réalise que mine de rien, avoir vu les 54 stades professionnels allemands, c’est quand même pas rien, surtout en sachant que le plus proche se situe à 300 bornes de chez moi. Mais pas le temps de s’éterniser là-dessus ; l’apéro s’étant un peu prolongé, je n’étais pas tant que ça en avance. De ce fait, je prends place tout en haut de la partie inférieure du « parcage ». Le match commence dans un bon quart d’heure mais ça gueule déjà depuis un bon moment. Mais je dois dire que voir cet immense stade rempli de supporters du Dynamo, c’est assez impressionnant. D’ailleurs, mes deux acolytes qui sont postés en tribune latérale (et que je remercie pour les photos) ne me contrediront pas. La seule différence, c’est qu’eux ont également pu profiter de l’ambiance dans le reste du stade, alors que pour ma part je n’y ai absolument pas fait attention.

Tout simplement parce que pendant l’ensemble du match, j’ai eu l’impression d’être sur une autre planète. Dans un monde à part, parallèle. Une sorte d’euphorie d’à peu plus de 2h que je n’avais jamais connu dans un stade auparavant.

Avant le match, tout s’annonçait bien : 54 stades visités, une affiche de rêve, un déplacement historique, un apéro prolongé : il ne fallait maintenant pas que la suite de la soirée ne vienne tout gâcher. Parce que je voyais bien le Hertha (qui est archi favori vu qu’il évolue une division au-dessus) mener 3-0 après 20 minutes et calmer tout le monde. Heureusement, il n’en sera rien.

L’entrée des joueurs se fait dans un immense bordel de torches disséminées un peu partout dans le virage sur l’air d’un chant dont je ne lasserai jamais. Un chant sur l’air de « The Logical Song » de Supertramp et qui donne ça (ou ça avec une meilleure qualité, mais lors d’un autre match)

Sur le terrain, mon scenario catastrophe ne se réalise heureusement pas, bien au contraire même. A la 36e minute (j’ai évidemment triché pour savoir à quelle minute ça a réellement eu lieu, sur le moment je n’avais aucune notion du temps), c’est le Dynamo qui ouvre le score dans une espèce d’hystérie collective assez impressionnante. Je ne connaissais aucun de mes voisins, ce qui ne nous a pas empêché de nous prendre dans nos bras. Et comme si ça ne suffisait pas, ce but est tombé au beau milieu du chant « Ost Deutschland ». Alors certes, ça l’a interrompu, mais pour mieux qu’il reparte de plus belle. Et durant quelques secondes, j’ai sincèrement pensé perdre mes tympans encore plus vite que ma voix.

Ah oui, le « Ost Deutschland » chanté par 30’000 gaillards à Berlin, ça donne ça

La mi-temps est sifflée sur le score de 0-1 et ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été à ce point soulagé qu’elle soit sifflée, histoire de pouvoir reprendre un peu mes esprits.

Décrire l’ambiance d’une telle rencontre, vous la faire ressentir telle que je l’ai vécue, c’est quasiment mission impossible. Donc si je vous invite évidemment à continuer à lire cet article (si vous avez tenu jusque là, ce serait dommage de vous arrêter), n’hésitez pas à aller jeter un oeil à cette vidéo qui vous permettra de vous plonger encore un peu plus dans l’ambiance.

Le retour des joueurs sur la pelouse fait repartir l’ambiance de plus belle, mais un autre style de scenario catastrophe semble se profiler. Le Hertha égalise 3 minutes après le retour des vestiaires et prend l’avantage à la 85e minute. Bah oui, forcément, tout ça pour ça ! Ca valait bien la peine de mener pour finir par s’effondrer juste avant la fin du match.

Je commence à être habitué aux défaites avec le Dynamo depuis que je les suis, j’ai donc beaucoup de mal à imaginer une égalisation à la dernière minute. Mes voisins sont un peu dans le même cas que moi, et ça doit faire bien plus longtemps que moi qu’ils suivent le club. Mais pourtant, ce qui ne devait pas arriver arriva : à la 90e, le Dynamo obtient un penalty. Et une fois passée l’envie de tuer tous ceux qui fête un penalty sifflé de la même manière qu’un but, il est temps de croiser les doigts. De croire à une égalisation qui semblait improbable mais qui finira par tomber.

Je vous parlais plus haut de l’hystérie collective sur l’ouverture du score. Vous imaginez ce que ça peut donner sur une égalisation à la 90e minute ? Pour vous donner une idée, je me suis retrouvé 5 rangs plus bas que ma place d’origine, « porté » par le mouvement de foule sur le but. Et je ne fais pas 20kg.

L’égalisation à la 90e

Match de coupe oblige, cette égalisation nous emmène en prolongations. Cette soirée était tellement belle qu’elle méritait bien de se prolonger un peu ! Je n’ai pas assisté très souvent en live à des prolongations d’une équipe que je supporte, et il faut bien avouer que ça fait monter la pression d’un cran.

L’ambiance s’en ressent d’ailleurs légèrement : tout le monde est à cran et chaque occasion fait parcourir un frisson dans tous le stade. La première période la prolongation se termine sans but et pour la deuxième période, le Dynamo va attaquer face à nous. L’ambiance repart de plus belle, jusqu’à atteindre son pic ultime.

Nous jouons la 107e minute quand le Dynamo prend l’avantage dans un espèce de chaos que je ne crois pas avoir déjà vécu dans un stade. Je vous parlais plus haut de l’explosion sur l’égalisation ; multipliez ça par 5 et vous aurez à peine aperçu ce que ce but en prolongation a pu générer. Regardez cette vidéo à 8’25 pour avoir une vague idée.

Il reste 13 minutes à jouer, les 13 minutes les plus longues de l’histoire du foot. Le Dynamo est à 2 doigts d’inscrire le 2-4, sans succès. Les arrêts de jeu débutent, tu sens que t’es à ça de la folie ultime au moment où le Hertha se procure une dernière occasion et à ce moment-là, j’ai échangé un regard avec mon inconnu voisin qui voulait tout dire. Comme si c’était écrit que cette soirée ne pouvait pas se terminer comme ça. Les Berlinois égalisent à 3 partout au bout du bout du temps additionnel, c’est la douche froide. Le stade a probablement fait beaucoup de bruit mais je ne me souviens que d’avoir entendu que le silence qui régnait de notre côté. Et ça peut faire du bruit, un silence.

Une photo supplémentaire, pour le plaisir

J’allais donc pour la première fois (du moins il me semble, à moins que ma mémoire ne me fasse défaut) assister en live à une séance de tirs au but impliquant une équipe que je supporte. Et j’en retiens 2 choses :

  1. C’est dur. Très très dur nerveusement. Et très long.
  2. J’insiste, mais contrairement à ce que beaucoup disent, je ne considérerai jamais cela comme une « loterie ».

Durant cette séance de tirs au but, on aura évidemment passé par tous les états d’âme. Un tir au but raté de chaque côté, plus un supplémentaire du Dynamo mais que l’arbitre a fait retirer, bref, au bout d’un moment il fallait bien un vainqueur.

Peut-être bien que pour que le scénario ait été parfait, il aurait fallu une victoire du Dynamo, mais c’est bien le Hertha qui finira par l’emporter. Et je me demande si le fait que ce match se termine par une défaite ne vient pas ajouter un côté dramatique à ce match, le rendant encore un peu plus inoubliable.

Spontanément, les 35’000 fans déçus se sont mis à applaudir les leurs, qui leur auront permis de rêver l’espace d’une soirée. En sachant que cette saison s’est terminée dans la tristesse du Covid et par une relégation, il s’agissait là d’une des seules éclaircies dans une saison définitivement pourrie.

La sortie du stade se fait dans un quasi silence d’enterrement, tout le monde semble aussi abattu que fatigué. Car oui, 120 minutes en tribunes, c’est long aussi!

Ce match aura donc réuni toutes les conditions idéales pour moi, vous l’aurez compris. Ecrire ces quelques lignes, me replonger dans les vidéos m’a fait me rappeler, si besoin était, à quel point cette soirée était à part. Mais aussi à quel point le stade me manque.

Je ne sais pas si au travers de ces lignes j’aurais réussi à vous transporter un minimum au cœur de cette froide soirée berlinoise. Mais c’était complètement fou !

Fiche technique

30 octobre 2019

Hertha BSC-SG Dynamo Dresden 3:3 (5-4 tirs au but)

DFB-Pokal, Deutschland

Olympiastadion Berlin, 70’429 spectateurs

Prix du billet : 15€

Matchs durant le même séjour : FC Sankt Pauli II-Hamburger SV II, TSB Flensburg-VfB Lübeck, AGF Aarhus-Odense BK, Kickers Offenbach-FC Bayern Alzenau, SV 07 Elversberg-FC Saarbrücken, FC Metz-Montpellier HSC, VfB Stuttgart-SG Dynamo Dresden

7 commentaires sur « 2019-10-29 Hertha BSC-SG Dynamo Dresden »

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