« Der Fußball gehört seinen Fans !», « Football without fans is nothing » ; parfois moqués par certains, ces slogans que l’on peut régulièrement lire dans et autour des stades européens semblent ne jamais avoir été aussi pertinents que ces derniers mois. Et s’ils étaient vrais ?

En philosophie, la démonstration par l’absurde consiste à « démontrer la vérité d’une proposition en prouvant l’absurdité de la proposition contraire ». Et à l’heure où nous semblons enfin apercevoir la lumière au bout du long tunnel que nous traversons tous depuis plus d’une année, cette forme de raisonnement logique nous aura permis de prouver, ou confirmer, une chose : le football sans public, ce n’est plus tout à fait du football.

Médias, suiveurs, politiques, joueurs et même les plus grands détracteurs des parties les plus « agitées » d’un public sont unanimes : les stades sans ambiance sont d’une tristesse sans nom. A tel point que certains se sont essayés, avec un succès tout relatif, à recréer des ambiances via des enregistrements diffusés sur les haut-parleurs du stade. Si cela a pu donner lieu à certaines scènes cocasses, comme lors d’un match de Bundesliga entre l’Eintracht Frankfurt et le Borussia Mönchengladbach durant lequel certains chants d’insultes avaient été diffusés, cela prouve que les clubs ont rapidement compris que le foot perdait de son identité en étant contraint de laisser ses fans à la maison.

Ce long tunnel nommé Covid dont toute la planète cherche à voir le bout a causé et causera encore d’innombrables situations dramatiques. Mais parmi les rares points de satisfaction émergeant de celui-ci figure le fait que l’ensemble des composantes du football aura réalisé à quel point l’ambiance est un élément indissociable de la qualité du « produit », puisque c’est ainsi qu’il s’agit d’appeler notre sport.

Pourquoi se rend-t-on au stade ?

La question peut paraître simpliste et la réponse dépendra évidemment de la personne interrogée. Le supporter amoureux de son club se rend souvent au stade « par principe », parce qu’aller au stade fait partie de son existence, de sa passion. Mais imaginez-vous maintenant que vous cherchiez à convaincre un spectateur lambda voire un novice de vous accompagner au stade. Il est fort probable que votre argumentaire en vue de convaincre cette personne ne tourne pas autour de l’opposition tactique entre le 3-5-2 de l’équipe A et le 4-5-1 de l’équipe B.

Il est en revanche assez facilement imaginable que le premier argument avancé ressemblera à peu de choses près à : « il va y avoir une super ambiance ». Dans le même ordre d’idée, les spots publicitaires diffusés sur les chaines de télévision montrent bien souvent autant d’images du terrain que de la ferveur du public. L’ambiance serait-elle ainsi l’argument de vente n°1 pour attirer les gens au stade ou derrière leur écran ?

En cette période de pandémie, la télévision est devenue l’unique moyen pour les supporters de suivre les exploits de leur équipe en direct. Parfois même à tel point qu’on en oublierait presque qu’un jour des millions de personnes à travers le monde vont pouvoir retrouver le chemin des stades. Et il est du devoir des instances dirigeantes, continentales ou locales, de faire en sorte que le public se pose d’abord la question de comment aller au stade, en commençant par proposer des tarifs accessibles à tous, avant de chercher à quelles chaînes il doit s’abonner pour le vivre. Surtout au vu des montants qu’il faut débourser dans certains pays pour suivre le foot à la TV.

Le foot est actuellement à un tournant durant lequel il ne faudra pas oublier que ce sont les spectateurs présents au stade qui vont donner envie aux téléspectateurs de s’installer 90 minutes dans leur canapé. Et non l’inverse.

Faire venir les jeunes au stade

La télévision a complètement chamboulé la façon de consommer le football. Et alors qu’il y a quelques années le rêve d’un jeune était de rendre au stade, on constate aujourd’hui que ce même jeune se contente de regarder des résumés de 5 minutes des matchs qui l’intéressent. Un match de football serait ainsi devenu trop long pour les nouvelles générations. Mais leur a-t-on expliqué que si 90 minutes devant un écran peuvent paraître interminables, elles peuvent être absolument magiques lorsqu’elles sont vécues au stade ?

Si les jeunes n’ont plus envie de s’asseoir 90 minutes devant un écran, faisons-en sorte de leur donner envie de venir au stade en groupe, de se mêler à la foule et aux tribunes où se rassemblent les supporters les plus fervents, les ultras. Ou n’importe où ailleurs dans le stade ; l’essentiel est qu’ils retrouvent le chemin de ce dernier.

Apprenons-leur la valeur d’une soirée vécue entouré de plusieurs milliers de personnes acquises à la même cause. Réapprenons-leur le côté social d’un stade et à quel point celui-ci peut être une école de vie voire même une façon de s’extirper d’un quotidien difficile.

Ne faisons pas des nouvelles générations des consommateurs de foot derrière le petit écran, mais des acteurs majeurs de ce sport. Car nous y revenons toujours : les supporters sont une composante essentielle et indispensable de ce sport. Nombreux sont les événements qui ont pu nous le prouver récemment.

Football malmené, supporters solidaires

Annoncé en grandes pompes dans la nuit du 18 au 19 avril dernier, le projet de Super League initié par 12 des plus gros clubs européens n’a vécu que quelques jours. Et pour quelle raison principale ? La colère des fans. De Chelsea à Madrid en passant par Turin et Milan, les supporters de tous les clubs concernés se sont mobilisés contre ce projet et sont parvenus à leurs fins. A priori, le combat entre 12 mastodontes du football et la vox populi semblait inégal, mais, une fois encore, David a su faire tomber Goliath.

De manière surprenante pour certains, aucun club allemand ne figurait au casting de cette compétition mort-née. Les raisons sont probablement diverses, mais quand on connait le respect de la « fan culture » chez nos voisins germains, il n’est pas utopique de croire que la prévisible réaction des fans a joué un rôle. D’autant plus qu’une semaine plus tôt s’y jouait le dernier « Montagsspiel » de l’histoire. Littéralement « matchs du lundi », ils se jouaient depuis 2018 à 20h30, horaire inhabituel et très critiqué par les fans. Ceux-ci luttent depuis des années contre ces matchs décalés et ont réussi, grâce à leurs nombreuses protestations, à faire revenir la DFB (Deutscher Fußball-Bund, la Fédération allemande de football) en arrière et de supprimer, dès la saison prochaine, ces matchs du lundi. Preuve du poids que peuvent avoir les supporters dans les décisions des clubs voire des instances.

Les ultras, grands gagnants de la pandémie ?

De ces supporters qui veillent à ce que le football conserve le petit aspect populaire qui lui reste, ce sont régulièrement les ultras qui sont en première ligne. Parce qu’ils sont organisés et écoutés, ils se portent souvent en gardiens du temple du football populaire. Et tentent de veiller au bon fonctionnement de leur club et, plus largement, de leur sport.

Au-delà des exemples cités ci-dessus, le rôle des ultras a été mis en lumière durant la période liée au Covid et, pour une fois, pas uniquement pour les mauvaises raisons. Alors qu’ils sont régulièrement stigmatisés par les médias, ces derniers ont découvert une facette du mouvement ultra que peu cherchaient à connaitre : la solidarité.

En France comme dans de nombreux pays alentours, les groupes ultras se sont rapidement mobilisés pour apporter une aide notamment au personnel soignant au plus fort de la crise. Distribution de nourriture, collectes et visites dans les hôpitaux ; ces supporters régulièrement considérés comme des parias par certains ont enfin pu prouver à tout un chacun que leurs activités ne se limitent pas au stade. Et encore moins à la violence.

Si cette mise en lumière n’est l’objectif recherché par les groupes, elle a permis à beaucoup de monde de découvrir une facette moins connue des activités de ceux-ci. Et s’il en faudra probablement bien plus, à la sortie de la crise, pour que les ultras soient considérés comme ils devraient l’être, cette période a su véhiculer une image plus positive qu’à l’accoutumée de ces supporters privés de ce qui conditionne leur quotidien.

Les gardiens des temples

Bien qu’absents des stades, les ultras n’en ont pas pour autant perdu leur esprit contestataire. Les exemples récents les plus frappants sont à chercher du côté de Bordeaux et Nantes. Ces deux monuments du football français sont, dans des contextes très différents, en grand danger et la responsabilité en incombe aux dirigeants.

Une fois encore, de qui vient la révolte ? Qui prend le risque – car vivre ultra dans une période empreinte du tout répressif à leur égard en est un – d’organiser des manifestations et d’oser mettre les dirigeants en place face à leurs responsabilités ? Vous l’aurez deviné. Cette minorité bruyante parvient d’ailleurs de plus en plus régulièrement à rallier les autres supporters à sa cause. Pour le bien du club et de ses valeurs. Car c’est là tout ce qui compte pour ces passionnés.

Il ne s’agit pas ici de cautionner tous les agissements des supporters au sens large. Ni d’oublier que sans joueurs, il n’y aurait pas de clubs. Et sans clubs, pas de supporters. Mais l’importance prise par les supporters dans le monde du ballon rond est impossible à nier et il serait temps que l’on en finisse définitivement avec l’adage qui dit que « Les dirigeants dirigent, les supporters supportent ». Si chacun a évidemment certaines prérogatives sur lesquelles l’autre n’a pas à intervenir, les fans se doivent d’être considérés pour ce qu’ils sont : un pilier incontournable de ce sport.

Le football appartient à ses fans

Johann Djourou a 34 ans. Après avoir fait ses débuts comme joueur du côté de Carouge en Suisse, il est rapidement repéré par Arsène Wenger qui le fait venir à Arsenal en 2004. 17 ans plus tard, après avoir évolué en Allemagne, en Turquie, en Italie, en Suisse et au Danemark, il a récemment annoncé sa retraite sportive lors d’une interview au média helvétique Blick.ch, durant laquelle il déclarera la chose suivante qui fera office de conclusion : « Les fans ont un réel pouvoir. Le football, c’est et ça doit rester le sport du peuple. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s